Cloud Temple, Thales, Bull, Vates et le CEA forment un consortium de 47 millions d’euros pour l’IA sur données sensibles
Cinq acteurs français du numérique, Cloud Temple, Thales, Bull, Vates et le CEA, se sont regroupés en consortium pour bâtir des services cloud de confiance destinés au traitement par l’IA de données sensibles, a rapporté ZDNet France le 12 octobre. Bpifrance a retenu le groupement dans le cadre d’un appel à projets visant à renforcer l’offre française de services cloud, et 47 millions d’euros seront investis d’ici 2028 pour développer des services d’infrastructure, de plateforme et d’intelligence artificielle.
L’État apporte 20 millions d’euros de cette enveloppe au titre du programme d’investissement France 2030. Les services devront répondre aux exigences de SecNumCloud, la qualification française de cloud de confiance, ainsi qu’à celles de la certification HDS pour l’hébergement de données de santé et du référentiel allemand C5. Plutôt que de viser l’ensemble du marché du cloud public, les partenaires ciblent un segment plus étroit : les traitements d’IA sur des données sensibles qui doivent s’exécuter dans des environnements sécurisés. Les fondateurs, emmenés par Cloud Temple, disent ne pas vouloir « entrer dans une course à la puissance brute ».
Ce que cela change concrètement
Chaque membre apporte une brique déjà en production. Cloud Temple, qui pilote le programme, exploite une infrastructure qualifiée SecNumCloud. Thales apporte son expertise en sécurité et les services disponibles sur S3NS, le cloud de confiance dont il est l’actionnaire majoritaire aux côtés de Google Cloud. Bull fournit une plateforme logicielle d’IA, le CEA un appui scientifique sur les architectures de nouvelle génération, et Vates un socle de virtualisation open source présenté comme un gage d’interopérabilité et de réversibilité. « Aucun acteur européen ne détient seul l’ensemble de la chaîne technologique du cloud de confiance », souligne Thales. Le patron de Cloud Temple, Sébastien Lescop, veut consolider une capacité industrielle européenne là où elle peut gagner, sur les usages critiques, tandis qu’Hélène Bringer, dirigeante chez Thales et S3NS, estime que cela passera par l’hybridation multicloud.
Les partenaires ont préféré faire passer à l’échelle des acteurs déjà en production plutôt que de créer une nouvelle société, une voie qu’ils jugent plus rapide. Ils se distinguent ainsi de NumSpot, l’entreprise montée par Docaposte, Dassault Systèmes, Bouygues Telecom et la Banque des Territoires, qui a depuis lancé avec Mistral une IA gérée hébergée en France. Le projet s’inscrit dans l’effort plus large de la France en matière de calcul souverain, du Campus IA près de Paris au contrat d’OVHcloud avec l’ESA, adossé à une infrastructure prête pour l’IA.
À surveiller : les premiers services et leur calendrier de qualification, les clients publics et privés qui s’engageront, et la manière dont l’offre se positionnera face à S3NS, NumSpot et aux autres fournisseurs de cloud de confiance.