IA générative : les embauches de jeunes en CDI reculent dans les métiers les plus exposés, selon la Banque de France
Les embauches de jeunes en contrat à durée indéterminée ont davantage reculé dans les métiers où l’IA générative peut le plus facilement réaliser ou assister le travail, selon une étude de la Banque de France et du Laboratoire de l’innovation et du futur du travail (LIFT) d’HEC Paris, publiée le 8 octobre. En mars 2026, les embauches en CDI des 21-29 ans dans le quintile de métiers le plus exposé se situaient environ 28 % sous leur niveau de novembre 2022, contre 8 % dans le quintile le moins exposé, soit un écart d’environ 20 points. Franceinfo a arrondi ce recul à près de 30 %.
Les auteurs, Marco G. Palladino, Antonin Bergeaud, Antoine Bertheau, Simon Bunel et Oscar Degos, ont construit un indice d’exposition à partir du répertoire des métiers de France Travail, qui en décrit plus de 1 500. Un modèle de langage a évalué dans quelle mesure l’IA peut réaliser ou assister chaque savoir-faire, en tenant compte de l’expertise tacite, de la présence physique et des interactions humaines. L’indice mesure une capacité potentielle et non l’usage effectif, mais il est fortement corrélé aux données d’usage de l’AI & Economy Atlas de Google. Les chercheurs l’ont ensuite rapproché des données administratives sur les embauches et les départs, pour quatre groupes d’âge.
L’écart se réduit chez les 30-39 ans et les 40-49 ans, puis devient presque inexistant à partir de 50 ans. Les fins de contrat reculent aussi, mais moins : chez les 21-29 ans, elles se situent environ 23 % sous leur niveau de novembre 2022 dans les métiers les plus exposés, contre 6 % dans les moins exposés. Moins d’entrées et moins de sorties signifient une rotation plus lente de la main-d’œuvre, qui pèse surtout sur les jeunes.
Ce que cela change concrètement
L’ajustement porte sur les recrutements plutôt que sur les effectifs. Dans un échantillon d’environ 6 000 entreprises, dont près de 600 déclarent un usage intensif de l’IA début 2026, les embauches de jeunes en CDI ont évolué moins favorablement chez les utilisatrices intensives, sans que leur emploi total ne s’écarte nettement de celui des autres. En France, où la rupture d’un CDI est plus encadrée que dans bien d’autres pays, freiner les recrutements ou ne pas remplacer les départs est un levier plus simple que les licenciements.
Les auteurs restent prudents sur la causalité. Le resserrement monétaire, la correction post-Covid du secteur technologique et le télétravail ont touché bon nombre des mêmes emplois à partir de 2022, et les entreprises qui adoptent l’IA peuvent se distinguer par d’autres caractéristiques. Les études menées à l’étranger divergent : aux États-Unis, des travaux constatent un recul comparable des recrutements, tandis qu’en Norvège et au Danemark aucun effet moyen net n’apparaît. Le principal enjeu est de long terme, car moins de postes de débutants pourrait signifier moins d’apprentissage par la pratique. D’où l’importance des efforts de formation comme le plan Impulsion IA de 80 millions d’euros pour les compétences au travail et de la manière dont les petites entreprises adoptent les assistants de rédaction.
À suivre : la persistance de la tendance dans les prochaines données, son éventuelle extension aux salariés plus âgés, et l’adaptation par les employeurs et France Travail des dispositifs d’apprentissage et d’embauche des débutants.