Mistral et Loft Orbital préparent les premiers des 50 satellites dotés d’IA
Les modèles de Mistral AI prennent de l’altitude. Loft Orbital, Marlan Space et la société d’IA parisienne construisent une constellation de 50 satellites capables d’analyser leurs propres données dans l’espace, un programme évalué à 1 milliard de dollars. Selon le Journal du Geek, une première série de dix satellites de démonstration est déjà en production et en assemblage final chez Orbitworks, à Abou Dhabi, la coentreprise de Marlan Space et de Loft Orbital.
L’argument, c’est la vitesse. Plutôt que de transmettre des images et des données radar brutes vers des stations au sol pour traitement, les satellites les interpréteront à bord et renverront une réponse. Les partenaires affirment que les clients pourraient obtenir une information exploitable en quelques secondes plutôt qu’en plusieurs heures : un navire suspect, un départ de feu, une anomalie près d’un site sensible. Les premiers services visent la surveillance maritime, la détection des incendies, la gestion des catastrophes et la sécurité des ports et des infrastructures critiques.
Chaque partenaire a un rôle défini. Loft Orbital fournit les plateformes satellitaires, les logiciels et son expérience d’opérateur, et indique avoir pris en charge plus de 100 charges utiles et une vingtaine de missions liées à l’IA, dont une démonstration avec le Jet Propulsion Laboratory de la NASA. Mistral AI fournit les modèles embarqués, censés raisonner sur les données des capteurs et accepter des instructions en langage naturel. BlackSky doit fournir les satellites optiques à plus haute résolution, et la chaîne d’approvisionnement sera majoritairement européenne. Le programme avait été annoncé à l’International Space Summit de Paris début septembre ; le premier lancement est prévu en octobre, avec MaiaSpace comme partenaire.
Ce que cela change concrètement
Pour les acheteurs publics français et européens, la souveraineté compte autant que la latence. Le programme vise les gouvernements français, européens et émiriens ainsi que des clients privés, et s’inscrit dans la tendance qu’AI4France suit depuis que l’ESA et Mistral ont signé une lettre d’intention sur l’IA souveraine pour le spatial. Il rejoint aussi l’effort de défense derrière la plateforme d’IA militaire Arcadia, où la fusion rapide et fiable des données est précisément l’enjeu.
Les partenaires prévoient également un magasin d’applications qui permettrait à des développeurs ou à des clients de déployer de nouveaux services sur la constellation sans construire leur propre satellite. Si le modèle fonctionne, chaque engin devient une plateforme de calcul partagée qui gagne des fonctions au fil du temps. Pour Pierre-Damien Vaujour, directeur général de Loft Orbital, l’objectif est de rendre l’infrastructure spatiale plus simple d’accès afin que les clients se concentrent sur les services qu’ils souhaitent proposer.
Des questions restent ouvertes. Les modèles embarqués doivent tenir dans des budgets d’énergie et de dissipation thermique serrés, les fausses alertes venues de l’orbite pourraient coûter cher, et un magasin d’applications servant à la fois des clients civils et des clients de sécurité exigera des règles claires. Les calendriers de lancement glissent par ailleurs souvent dans ce secteur.
Les prochains jalons seront le premier lancement, la publication de résultats de performance pour les dix démonstrateurs et les premiers contrats publics nommés. Ils montreront si l’IA en orbite devient une véritable niche industrielle française ou reste une vitrine.