Sécurité

Pillages du 17 octobre : les enquêteurs traquent les suspects avec l’IA de recherche vidéo d’Orasio

· 6 min de lecture · Sécurité

Pillages du 17 octobre : les enquêteurs traquent les suspects avec l’IA de recherche vidéo d’Orasio

Les enquêteurs chargés de retrouver les auteurs des pillages du 17 octobre, qui ont vu plus de 3 000 commerces vandalisés et pillés dans toute la France, exploitent d’énormes volumes de vidéos grâce à un outil d’intelligence artificielle de la start-up française Orasio, rapporte 20 Minutes le 23 octobre. Presque autant de personnes ont été interpellées pour des violences ou des vols, et le nombre de mis en cause devrait fortement augmenter à mesure que les enquêtes avancent.

Dès le 18 octobre, policiers de la police judiciaire et techniciens de police scientifique ont recueilli empreintes, ADN, témoignages et surtout les enregistrements des caméras des commerces visés, ainsi que, sur réquisition, ceux des réseaux de transport, des parkings, des bâtiments publics et de la vidéosurveillance municipale. Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a affirmé que les enquêteurs exploiteraient aussi les vidéos des pillages publiées sur les réseaux sociaux, et la préfecture de police de Paris a ouvert une plateforme pour recueillir les images filmées par des témoins.

System V, le logiciel d’Orasio, permet à l’enquêteur de charger tout ce matériau et de l’interroger en langage naturel. « Il suffit de faire une requête comme on la ferait dans ChatGPT », explique au quotidien Florian Fournier, président et cofondateur de l’entreprise, en citant l’exemple d’un individu portant une cagoule noire, un sac à dos vert Adidas et des chaussures blanches Nike. Le logiciel extrait chaque séquence correspondante, peut suivre un véhicule grâce à sa plaque d’immatriculation ou à des détails distinctifs, et reconstitue un parcours à partir de l’emplacement des caméras et de l’horodatage. Pour certaines enquêtes, selon Florian Fournier, le cumul des vidéos importées représentait l’équivalent de 9 années.

Ce que cela change concrètement

Pillages du 17 octobre : les enquêteurs traquent les suspects avec l’IA de recherche vidéo d’Orasio — photo d’illustration

L’outil s’appuie sur les vêtements et les objets, pas sur les visages. « Pas de critère biométrique, la reconnaissance faciale est interdite sur le territoire national », souligne Florian Fournier. L’identification passerait ensuite par le fichier de traitement d’antécédents judiciaires (TAJ), que Gérald Darmanin a promis de comparer aux images des réseaux sociaux grâce à la reconnaissance faciale. La loi française interdit toujours la vidéosurveillance algorithmique pour prévenir les pillages, car il faudrait une détection biométrique, qui reste prohibée sauf exceptions étroites prévues par l’AI Act européen et l’article 9 du RGPD. Orasio indique que ses produits peuvent aussi se brancher sur les flux en direct des caméras urbaines, des fonctions bridées en France mais utilisées ailleurs, par exemple en Ukraine.

Cette affaire montre la vitesse à laquelle l’IA de sécurité passe des projets de défense et de cybersécurité, comme la plateforme d’IA militaire Arcadia ou les tests par l’ENISA des modèles de cybersécurité de Mistral, au travail policier quotidien. Elle intervient aussi alors que les parlementaires débattent d’un encadrement plus strict, notamment avec la proposition de loi LFI 3149 sur l’autorisation préalable des IA à usage général.

À suivre : la manière dont les tribunaux traiteront les preuves constituées grâce à la recherche vidéo par IA, une éventuelle prise de position de la CNIL, et la volonté ou non du gouvernement d’élargir les exceptions légales à la reconnaissance faciale.

← Retour à AI4France